Actualité énergie

13 juin 2024

Jours PP1 et PP2 : quelles conséquences pour les consommateurs ?

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Consommateur d'électricité étudiant les lignes de sa facture

Ils sont quinze tous les ans. Parfois, leur nombre monte jusqu’à 25 – mais c’est rare. Lorsqu’ils sont là, du côté du consommateur d’électricité, en apparence rien ne change. La qualité du courant est la même. Les appareils fonctionnent comme à leur habitude. Les machines dans les usines tournent toujours. Pourtant, pour le réseau, ils sont scrutés et cruciaux. Il s’agit des jours PP1-PP2, PP pour « période de pointe ».

Ces jours mettent au défi l’approvisionnement électrique français et l’équilibre du réseau, entre offre et demande. Comment cela fonctionne-t-il ? Quel impact ces jours de pointe ont-ils sur la facture des entreprises ? Et comment pouvez-vous optimiser ces jours PP1-PP2 grâce à la flexibilité de votre consommation électrique ? Explications.

Pourquoi des jours de pointe ?

En France, la consommation d’électricité est dite thermosensible. Un bien joli mot qui signifie qu’elle dépend grandement de la consommation d’électricité liée au chauffage. En effet, dans les années 70, avec la construction du parc nucléaire français, le choix a été fait d’équiper majoritairement les logements avec des « grille-pains » : des chauffages électriques plutôt qu’au gaz ou au fioul. Par conséquent, la France est le pays d’Europe le plus sensible aux variations de température. Un changement d’un degré de la température moyenne correspond à un pic de consommation de la journée qui augmente de 2400 MW, selon RTE.

Quand y a-t-il des jours PP1 et PP2 ?

Par conséquent, en plein hiver, il y a un risque d’explosion de la demande… et d’une offre insuffisante, si les centrales nucléaires et renouvelables (éolien, solaire et hydraulique) ne parviennent pas à produire assez – et plus particulièrement au moment du pic de consommation. L’énergie ne pouvant se stocker, RTE anticipe ce différentiel entre l’offre et la demande. En 2022 et 2023, il s’agit également de cette période qui a fait craindre un recours à des délestages, c’est-à-dire des coupures temporaires pour assurer l’équilibre du réseau.

Lorsqu’il y a un risque de déséquilibre du réseau, RTE prévient donc les fournisseurs d’électricité, les consommateurs et les producteurs en signalant des périodes de pointe. Ce sont les jours PP1-PP2, signalés la veille par le gestionnaire de réseau.

Qu’est-ce qu’un jour PP1 ?

Ainsi, une période de pointe PP1 est un jour de forte consommation électrique. Depuis le 1er janvier 2017, le principe du mécanisme de capacité est en vigueur en France. Dans ce cadre, RTE a la possibilité de déterminer 15 jours comme PP1 au cours d’une année civile. En fonction de son modèle météorologique, RTE signale un jour PP1 la veille du jour concerné, à 9 h 30 au plus tard. Ces jours ne peuvent être placés un weekend ou lors des vacances de Noël – la consommation étant plus faible ces jours-là.

Les PP1 fixent une partie de votre facture

Le principe est notamment de faire contribuer les consommateurs aux coûts induits par les périodes de pointe, dont l’appel à des centrales plus coûteuses et mobilisables uniquement pour répondre à un pic de consommation. En échange de leur capacité à produire de l’électricité très vite, ces centrales reçoivent une rémunération – des garanties de capacité – toute l’année de la part des fournisseurs. Le coût de ce mécanisme de capacité apparaît donc sur la facture du consommateur, soit par une ligne spécifique, soit dans le calcul de son prix au mégawattheure.

Les jours PP1 vont contribuer au calcul de ces garanties pour chaque fournisseur – et indirectement pour les consommateurs sur leur facture. Le nombre de garanties de capacité dues par un fournisseur dépend de la consommation de ses clients lors des périodes de pointe. Plus exactement, chaque fournisseur sera redevable de la consommation entre 7 h et 15 h puis entre 18 h et 20 h lors d’un jour PP1.

Plus ses clients consomment, plus un fournisseur devra acheter de garanties de capacité lors d’enchères ou de gré à gré. En effet, les garanties de capacité peuvent être échangées directement entre différents acteurs (fournisseurs, producteurs, opérateurs d’effacement voire financiers) via EEX. En outre, plusieurs fois par an, les exploitants en capacité (producteur d’électricité ou opérateur d’effacement) et les fournisseurs d’énergie participent à des enchères pour une année donnée. La dernière enchère à ce jour, le 25 avril 2024 pour l’année 2025, a abouti à un tarif d’environ 20 €/MWh.

Globalement, un site avec une puissance de consommation souscrite inférieure à 250 KW paie 2 €/MWh au titre de ce mécanisme. Pour les sites avec une puissance supérieure, ce montant varie de 0 à 5 €/MWh.

Quelle est la différence pour un jour PP2 ?

Tous les jours PP1 sont également PP2. Ces derniers peuvent signaler aussi bien une forte consommation électrique qu’une tension sur le système électrique. Seules dix journées par an peuvent être signalées comme PP2 seules. À titre d’exemple, en 2022, en pleine crise de l’énergie, trois jours avaient été signalés PP2 non PP1 – contre six en 2021.

À quoi sert cette distinction ? Les jours PP2 non PP1 ne servent pas à calculer les garanties de capacité nécessaires pour les fournisseurs. Il s’agit cette fois uniquement de réduire la demande sur le réseau grâce à la flexibilité des consommateurs et notamment des industriels. RTE envoie donc ce signal, jusqu’à 19 h au plus tard la veille du jour concerné, pour que les opérateurs de flexibilité puissent transmettre l’information à leurs clients.

Valorisez votre flexibilité

Grâce à un opérateur d’effacement, les entreprises et les industriels peuvent mettre à disposition du réseau un arrêt provisoire de tout ou partie de leur consommation électrique, par exemple en décalant un process de fabrication.

En échange de votre disponibilité, vous bénéficierez d’une rémunération avantageuse à l’année.

La flexibilité et les jours PP2

Les entreprises concernées peuvent contribuer à l’équilibre du réseau en décalant une partie de leur consommation – en échange d’un financement. C’est ce que proposent notamment Eqinov et Enerdigit, partenaires de Collectif Énergie. En effet, étant donné leur nature de jours de pointe, l’objectif des PP2 est d’inciter les entreprises à adopter une posture de flexibilité dans leur consommation. Concrètement, il s’agit de moins consommer sur ces périodes-là, en début et en fin de journée, afin d’éviter un surcoût indirect sur votre facture.

Cette incitation réside plus particulièrement dans la valorisation de l’effacement. En consommant moins qu’habituellement sur un jour PP2, par exemple en éteignant certaines machines et en reportant une partie de votre process industriel, vous pouvez aider le réseau à rester équilibré. En échange de votre disponibilité, vous bénéficiez d’une prime associée toute l’année, versée par un opérateur d’effacement… grâce au mécanisme de capacité ! Mais pour cela, vous devez assurer de votre disponibilité à l’effacement ponctuel pour ces périodes de pointe.