Adina Revol est spécialiste des questions européennes liées à l’énergie. Ancienne porte-parole de la Commission européenne, elle a travaillé en particulier sur la mise en place du Pacte Vert à la Direction générale de l’énergie. Elle est désormais professeure à Sciences Po Paris. En 2024, elle revenait sur la crise de l’énergie traversée par l’Union européenne dans son premier livre : Rompre avec la Russie – le réveil énergétique européen.

Adina Revol

Adina Revol © FPA

Dans cette interview, Adina Revol évoque avec Collectif Énergie les enjeux politiques et climatiques qui se cachent derrière ce choix de s’affranchir du gaz russe depuis le début de la guerre en Ukraine et les moyens de parvenir à une réelle « autonomie énergétique » sur le continent, garantissant des prix stables et une réindustrialisation de l’Europe.

En 2024, vous avez publié un livre intitulé Rompre avec la Russie, reprenant ainsi le mot d’ordre donné par les chefs d’État deux semaines après le début de la guerre en Ukraine. Le 9 mars, celui-ci se retrouvait également dans les propos tenus par Ursula von der Leyen : « Il y a une réalité qui est aujourd’hui une évidence : il faut rompre avec la Russie en matière énergétique. » Dans un contexte géopolitique très incertain et mouvement, l’Union européenne peut-elle y parvenir ? Est-ce seulement possible ?

Plus que jamais ! Il était évident, dès le début, qu’il fallait rompre avec la Russie. C’est la seule solution viable pour notre économie et notre liberté.

Je m’explique. Nous avons rompu avec la Russie en étant aidés par Vladimir Poutine. Lorsqu’ils ont pris cette décision en 2022, à Versailles, les chefs d’État avaient fixé pour objectif 2027. Des sanctions ont été très rapidement approuvées sur le pétrole et le charbon – ce qui est historique ! –, car elles pouvaient facilement être mises en place, ces deux ressources disposant de marchés mondiaux. Pour le gaz, cela devait être plus long afin de préserver notre économie.

Mais Vladimir Poutine a alors voulu utiliser l’énergie comme arme contre l’UE. Il a coupé l’approvisionnement en gaz entre avril et septembre 2022, avant les explosions de Nord Stream. Il n’y avait presque plus de gaz russe qui transitait vers l’Europe, mais c’était une décision du Kremlin en s’appuyant sur une série de prétextes techniques comme un problème de turbines. Le pouvoir russe a également demandé un paiement des contrats gaziers en roubles et non plus en dollars afin d’avoir une autre raison de couper le gaz. Il a usé ces prétextes, montrant que la Russie n’était pas un fournisseur fiable.

Cette crise a montré qu’il existait une stratégie russe de longue date pour intoxiquer l’économie européenne avec cette ressource en gaz peu chère. Nous n’avons pas été naïfs, nous avons été cupides. S’appuyer sur du gaz russe bon marché était très important pour la compétitivité de notre industrie, notamment en Allemagne. Les pays de l’Est – la Pologne, les pays baltes… – prévenaient pourtant sur ce manque de fiabilité du gaz russe. Et ils avaient raison !

La Russie a fini par utiliser le gaz comme arme géopolitique. Car il n’y a pas que l’invasion terrestre. Il existe d’autres moyens de faire la guerre : l’information, les attaques hybrides… L’énergie fait partie de cet arsenal pour nous attaquer, nous diviser, nous faire du chantage. Plus que jamais, il nous faut donc sortir de ce qui reste de la dépendance russe.

J’irais même plus loin : il faut sortir de la dépendance aux énergies fossiles. C’est le projet du Pacte Vert. Il est décrié, mais c’est notre voie vers la liberté. Tant que l’Europe ne sera pas autonome du point de vue énergétique, elle ne sera pas libre.

Pourtant, depuis le début de l’année, nous assistons à des remis en cause de cette rupture avec la Russie. Le Financial Times évoque des discussions pour une réouverture de Nord Stream. Le Pacte Vert est fortement remis en cause depuis les Européennes. N’allons-nous pas vers un backlash sur cette question d’autonomie énergétique ?

C’est un véritable test de notre volonté politique européenne. La présidente de la Commission européenne vient de rappeler l’engagement pris par les chefs d’État à Versailles. Nous avançons dans le bon sens.

Maintenant, il faut parvenir à passer ce test, car poursuivre une politique de dépendance avec la Russie reviendrait à se tirer une balle dans le pied. Cela voudrait clairement dire que nous lierions notre compétitivité mais aussi notre capacité d’agir librement à la volonté d’un dictateur, d’un criminel de guerre. Quid de l’Europe des valeurs si nous nous tournons à nouveau vers le gaz russe ? C’est aussi une question de survie du projet européen.

Que faire alors pour éviter ce retour en arrière ?

Il y a d’autres moyens d’assurer la compétitivité industrielle en Europe ! Je pense notamment à une baisse massive des taxes sur l’électricité. Nous n’avons pas besoin du gaz russe bon marché : sur le continent, en moyenne, l’électricité est taxée actuellement à 30 % ! C’est énorme. On ne peut pas continuer comme ça.

Bien sûr, c’est une ressource budgétaire pour les États. En 2022, l’Allemagne taxait l’électricité à hauteur de 6,9 milliards d’euros, la France à 3 et l’Italie à 2,7. Mais, dans cette situation, il y a une urgence énergétique qui nécessite de revoir nos choix financiers. L’électricité est notre vecteur vers l’autonomie énergétique. Nous devons donc avoir le courage politique de faire des économies ailleurs et ne pas l’utiliser pour des rentrées fiscales. C’est comme cela que nous allons essayer de nous libérer.

D’autant plus qu’il n’y a pas que la Russie dans nos partenaires fossiles. Il y a l’Azerbaïdjan, le Qatar… et maintenant les États-Unis, qui luttent pour garder leur chemin vers la démocratie. Tous nos partenaires sont des démocraties imparfaites voire des dictatures. Il faut sortir rapidement de ce chantage énergétique.

Tant que l’Europe n’aura pas en main son destin énergétique, elle ne sera pas une vraie puissance. C’est une évidence, puisqu’en attendant d’y parvenir notre pouvoir de réaction internationale dépend de ces relations. Même en investissant 800 milliards dans notre politique de défense, nous ne serons pas indépendants sans garanties énergétiques.

Cela revient-il à dire qu’il faut investir cet argent dans la transition énergétique plutôt que la défense ?

Mario Draghi estime qu’il faut investir massivement dans la transition énergétique, avec des renouvelables et du nucléaire. Mais avant de parler de l’offre, il faut se pencher sur la demande. On a réussi à réduire notre consommation de gaz de 20 % en moyenne, sans décroissance. C’est le cas en France et en Europe.

Les spécialistes estiment que nous pouvons poursuivre cette baisse de 30 % encore. Il faut isoler les bâtiments, s’appuyer sur des solutions de gestion intelligente de la consommation, etc. C’est un atout indéniable aujourd’hui pour nous. Les Européens ont le leadership technologique en matière de bâtiments intelligents.

Ensuite, il faut travailler sur l’offre en développant rapidement du nucléaire et des renouvelables. Pour ces derniers, nous sommes dans une situation de dépendance avec la technologie chinoise. Il faudrait réindustrialiser pour produire directement les modules renouvelables… ce qui nécessite des coûts de l’énergie plus bas. Là encore, la question de la taxation est primordiale pour ajouter de la compétitivité. Tout cela se tient, d’un bout à l’autre de la chaîne !

Enfin, pour les renouvelables, il y a bien sûr un besoin de matières premières critiques. Pour cela, la ratification de l’accord commercial avec le Mercosur doit nous assurer une diversification d’accès à ces matières. La Chine, aujourd’hui, est en pointe et en monopole sur ce marché.

Malgré une baisse notable de la consommation de gaz en France et la volonté affichée de rompre avec la Russie, la France a battu des records d’importation de GNL russe en 2024 avec une augmentation de 81 % selon les données de l’IEEFA. Comment peut-on l’expliquer ?

C’est parce que la France possède des terminaux GNL. 85 % des flux d’importation passent par la France, l’Espagne ou la Belgique, qui ont les plus gros ports méthaniers d’Europe.

En fait, Poutine utilise aussi nos terminaux GNL pour envoyer ensuite ce gaz vers l’Asie. Car malgré tout, la Russie a perdu le marché européen. Les importations n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient avant la guerre. Avant, il s’agissait de 45 % de nos ressources gazières. Désormais, c’est aux alentours de 15 %.

Néanmoins, de nouvelles sanctions vont entrer en vigueur fin mars et Vladimir Poutine ne pourra plus utiliser nos ports pour l’envoi de GNL russe vers l’Asie. Cela devrait faire baisser encore les volumes concernés.

Cependant, ces achats demeurent une hypocrisie. Nous apportons une aide financière à l’Ukraine, tout en achetant pour 2,7 milliards d’euros de gaz à la Russie qui utilise cette manne pour bombarder l’Ukraine.

Certains justifient ces importations par un contrat long terme de Total avec le gisement de Yamal GNL. Mais comment expliquer que Gazprom a coupé le contrat avec Engie sans que nous parlions de pénalités payées ensuite ? C’est une question de ligne et de volonté politiques de couper avec la Russie.

Bien sûr, il y a aussi des raisons historiques. La France a encouragé l’Ostpolitik de Willy Brandt en Allemagne de l’Ouest pour normaliser les relations avec l’URSS à travers l’économie. C’est la source de nos problèmes aujourd’hui, alors que la Russie a montré en 2022 qu’elle n’était pas un partenaire fiable.

Est-ce à dire qu’il faudra rompre avec d’autres partenaires qui peuvent également être problématiques ? Y a-t-il un chemin qui mène vers une indépendance énergétique garantissant des prix faibles pour les industriels et une maîtrise des coûts sur le continent ?

On ne peut pas avoir une indépendance énergétique, je préfère parler d’autonomie. En effet, quoi qu’il en soit, tout l’uranium ne proviendra jamais de l’UE, ni les matières critiques. Mais je crois à l’autonomie, grâce à une accélération du Pacte Vert élargi au nucléaire.

Mais finalement, l’énergie comme l’Europe, c’est nous. Nous décidons. C’est nous qui avons les moyens de moins consommer. Nous pouvons devenir acteurs de notre consommation énergétique.

Pour nous affranchir de la Russie et être moins dépendants des ressources fossiles, nous devons au moins essayer d’optimiser notre consommation et nos modes de transport.

Il s’agit ensuite de jouer un rôle actif dans la transition énergétique, en devenant producteurs d’électricité et en exerçant une pression sur nos dirigeants politiques afin d’éviter un retour à des relations avec des partenaires peu fiables.

Article rédigé par Côme Tessier

Rédacteur web pour Collectif Énergie, je m’évertue à glisser des touches sportives ou des notes sucrées pour rendre plus accessibles les sujets liés à l’énergie. Sans jamais oublier de traquer les doubles espaces qui perturbent la lecture.

Adina Revol est spécialiste des questions européennes liées à l’énergie. Ancienne porte-parole de la Commission européenne, elle a travaillé en particulier sur la mise en place du Pacte Vert à la Direction générale de l’énergie. Elle est désormais professeure à Sciences Po Paris. En 2024, elle revenait sur la crise de l’énergie traversée par l’Union européenne dans son premier livre : Rompre avec la Russie – le réveil énergétique européen.

Adina Revol

Adina Revol © FPA

Dans cette interview, Adina Revol évoque avec Collectif Énergie les enjeux politiques et climatiques qui se cachent derrière ce choix de s’affranchir du gaz russe depuis le début de la guerre en Ukraine et les moyens de parvenir à une réelle « autonomie énergétique » sur le continent, garantissant des prix stables et une réindustrialisation de l’Europe.

En 2024, vous avez publié un livre intitulé Rompre avec la Russie, reprenant ainsi le mot d’ordre donné par les chefs d’État deux semaines après le début de la guerre en Ukraine. Le 9 mars, celui-ci se retrouvait également dans les propos tenus par Ursula von der Leyen : « Il y a une réalité qui est aujourd’hui une évidence : il faut rompre avec la Russie en matière énergétique. » Dans un contexte géopolitique très incertain et mouvement, l’Union européenne peut-elle y parvenir ? Est-ce seulement possible ?

Plus que jamais ! Il était évident, dès le début, qu’il fallait rompre avec la Russie. C’est la seule solution viable pour notre économie et notre liberté.

Je m’explique. Nous avons rompu avec la Russie en étant aidés par Vladimir Poutine. Lorsqu’ils ont pris cette décision en 2022, à Versailles, les chefs d’État avaient fixé pour objectif 2027. Des sanctions ont été très rapidement approuvées sur le pétrole et le charbon – ce qui est historique ! –, car elles pouvaient facilement être mises en place, ces deux ressources disposant de marchés mondiaux. Pour le gaz, cela devait être plus long afin de préserver notre économie.

Mais Vladimir Poutine a alors voulu utiliser l’énergie comme arme contre l’UE. Il a coupé l’approvisionnement en gaz entre avril et septembre 2022, avant les explosions de Nord Stream. Il n’y avait presque plus de gaz russe qui transitait vers l’Europe, mais c’était une décision du Kremlin en s’appuyant sur une série de prétextes techniques comme un problème de turbines. Le pouvoir russe a également demandé un paiement des contrats gaziers en roubles et non plus en dollars afin d’avoir une autre raison de couper le gaz. Il a usé ces prétextes, montrant que la Russie n’était pas un fournisseur fiable.

Cette crise a montré qu’il existait une stratégie russe de longue date pour intoxiquer l’économie européenne avec cette ressource en gaz peu chère. Nous n’avons pas été naïfs, nous avons été cupides. S’appuyer sur du gaz russe bon marché était très important pour la compétitivité de notre industrie, notamment en Allemagne. Les pays de l’Est – la Pologne, les pays baltes… – prévenaient pourtant sur ce manque de fiabilité du gaz russe. Et ils avaient raison !

La Russie a fini par utiliser le gaz comme arme géopolitique. Car il n’y a pas que l’invasion terrestre. Il existe d’autres moyens de faire la guerre : l’information, les attaques hybrides… L’énergie fait partie de cet arsenal pour nous attaquer, nous diviser, nous faire du chantage. Plus que jamais, il nous faut donc sortir de ce qui reste de la dépendance russe.

J’irais même plus loin : il faut sortir de la dépendance aux énergies fossiles. C’est le projet du Pacte Vert. Il est décrié, mais c’est notre voie vers la liberté. Tant que l’Europe ne sera pas autonome du point de vue énergétique, elle ne sera pas libre.

Pourtant, depuis le début de l’année, nous assistons à des remis en cause de cette rupture avec la Russie. Le Financial Times évoque des discussions pour une réouverture de Nord Stream. Le Pacte Vert est fortement remis en cause depuis les Européennes. N’allons-nous pas vers un backlash sur cette question d’autonomie énergétique ?

C’est un véritable test de notre volonté politique européenne. La présidente de la Commission européenne vient de rappeler l’engagement pris par les chefs d’État à Versailles. Nous avançons dans le bon sens.

Maintenant, il faut parvenir à passer ce test, car poursuivre une politique de dépendance avec la Russie reviendrait à se tirer une balle dans le pied. Cela voudrait clairement dire que nous lierions notre compétitivité mais aussi notre capacité d’agir librement à la volonté d’un dictateur, d’un criminel de guerre. Quid de l’Europe des valeurs si nous nous tournons à nouveau vers le gaz russe ? C’est aussi une question de survie du projet européen.

Que faire alors pour éviter ce retour en arrière ?

Il y a d’autres moyens d’assurer la compétitivité industrielle en Europe ! Je pense notamment à une baisse massive des taxes sur l’électricité. Nous n’avons pas besoin du gaz russe bon marché : sur le continent, en moyenne, l’électricité est taxée actuellement à 30 % ! C’est énorme. On ne peut pas continuer comme ça.

Bien sûr, c’est une ressource budgétaire pour les États. En 2022, l’Allemagne taxait l’électricité à hauteur de 6,9 milliards d’euros, la France à 3 et l’Italie à 2,7. Mais, dans cette situation, il y a une urgence énergétique qui nécessite de revoir nos choix financiers. L’électricité est notre vecteur vers l’autonomie énergétique. Nous devons donc avoir le courage politique de faire des économies ailleurs et ne pas l’utiliser pour des rentrées fiscales. C’est comme cela que nous allons essayer de nous libérer.

D’autant plus qu’il n’y a pas que la Russie dans nos partenaires fossiles. Il y a l’Azerbaïdjan, le Qatar… et maintenant les États-Unis, qui luttent pour garder leur chemin vers la démocratie. Tous nos partenaires sont des démocraties imparfaites voire des dictatures. Il faut sortir rapidement de ce chantage énergétique.

Tant que l’Europe n’aura pas en main son destin énergétique, elle ne sera pas une vraie puissance. C’est une évidence, puisqu’en attendant d’y parvenir notre pouvoir de réaction internationale dépend de ces relations. Même en investissant 800 milliards dans notre politique de défense, nous ne serons pas indépendants sans garanties énergétiques.

Cela revient-il à dire qu’il faut investir cet argent dans la transition énergétique plutôt que la défense ?

Mario Draghi estime qu’il faut investir massivement dans la transition énergétique, avec des renouvelables et du nucléaire. Mais avant de parler de l’offre, il faut se pencher sur la demande. On a réussi à réduire notre consommation de gaz de 20 % en moyenne, sans décroissance. C’est le cas en France et en Europe.

Les spécialistes estiment que nous pouvons poursuivre cette baisse de 30 % encore. Il faut isoler les bâtiments, s’appuyer sur des solutions de gestion intelligente de la consommation, etc. C’est un atout indéniable aujourd’hui pour nous. Les Européens ont le leadership technologique en matière de bâtiments intelligents.

Ensuite, il faut travailler sur l’offre en développant rapidement du nucléaire et des renouvelables. Pour ces derniers, nous sommes dans une situation de dépendance avec la technologie chinoise. Il faudrait réindustrialiser pour produire directement les modules renouvelables… ce qui nécessite des coûts de l’énergie plus bas. Là encore, la question de la taxation est primordiale pour ajouter de la compétitivité. Tout cela se tient, d’un bout à l’autre de la chaîne !

Enfin, pour les renouvelables, il y a bien sûr un besoin de matières premières critiques. Pour cela, la ratification de l’accord commercial avec le Mercosur doit nous assurer une diversification d’accès à ces matières. La Chine, aujourd’hui, est en pointe et en monopole sur ce marché.

Malgré une baisse notable de la consommation de gaz en France et la volonté affichée de rompre avec la Russie, la France a battu des records d’importation de GNL russe en 2024 avec une augmentation de 81 % selon les données de l’IEEFA. Comment peut-on l’expliquer ?

C’est parce que la France possède des terminaux GNL. 85 % des flux d’importation passent par la France, l’Espagne ou la Belgique, qui ont les plus gros ports méthaniers d’Europe.

En fait, Poutine utilise aussi nos terminaux GNL pour envoyer ensuite ce gaz vers l’Asie. Car malgré tout, la Russie a perdu le marché européen. Les importations n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient avant la guerre. Avant, il s’agissait de 45 % de nos ressources gazières. Désormais, c’est aux alentours de 15 %.

Néanmoins, de nouvelles sanctions vont entrer en vigueur fin mars et Vladimir Poutine ne pourra plus utiliser nos ports pour l’envoi de GNL russe vers l’Asie. Cela devrait faire baisser encore les volumes concernés.

Cependant, ces achats demeurent une hypocrisie. Nous apportons une aide financière à l’Ukraine, tout en achetant pour 2,7 milliards d’euros de gaz à la Russie qui utilise cette manne pour bombarder l’Ukraine.

Certains justifient ces importations par un contrat long terme de Total avec le gisement de Yamal GNL. Mais comment expliquer que Gazprom a coupé le contrat avec Engie sans que nous parlions de pénalités payées ensuite ? C’est une question de ligne et de volonté politiques de couper avec la Russie.

Bien sûr, il y a aussi des raisons historiques. La France a encouragé l’Ostpolitik de Willy Brandt en Allemagne de l’Ouest pour normaliser les relations avec l’URSS à travers l’économie. C’est la source de nos problèmes aujourd’hui, alors que la Russie a montré en 2022 qu’elle n’était pas un partenaire fiable.

Est-ce à dire qu’il faudra rompre avec d’autres partenaires qui peuvent également être problématiques ? Y a-t-il un chemin qui mène vers une indépendance énergétique garantissant des prix faibles pour les industriels et une maîtrise des coûts sur le continent ?

On ne peut pas avoir une indépendance énergétique, je préfère parler d’autonomie. En effet, quoi qu’il en soit, tout l’uranium ne proviendra jamais de l’UE, ni les matières critiques. Mais je crois à l’autonomie, grâce à une accélération du Pacte Vert élargi au nucléaire.

Mais finalement, l’énergie comme l’Europe, c’est nous. Nous décidons. C’est nous qui avons les moyens de moins consommer. Nous pouvons devenir acteurs de notre consommation énergétique.

Pour nous affranchir de la Russie et être moins dépendants des ressources fossiles, nous devons au moins essayer d’optimiser notre consommation et nos modes de transport.

Il s’agit ensuite de jouer un rôle actif dans la transition énergétique, en devenant producteurs d’électricité et en exerçant une pression sur nos dirigeants politiques afin d’éviter un retour à des relations avec des partenaires peu fiables.

Article rédigé par Côme Tessier

Rédacteur web pour Collectif Énergie, je m’évertue à glisser des touches sportives ou des notes sucrées pour rendre plus accessibles les sujets liés à l’énergie. Sans jamais oublier de traquer les doubles espaces qui perturbent la lecture.

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